Non. La création de toute nouvelle licence IV est interdite. La seule voie pour exploiter un débit en licence IV est de racheter une licence déjà existante, attachée à un fonds de commerce.

Reprendre un bar-tabac en milieu rural : licence IV, agrément de buraliste et calendrier
Reprendre un bar-tabac ne consiste pas à créer une licence IV, car la création d'une nouvelle licence IV est interdite depuis longtemps. Il s'agit de racheter un fonds de commerce muni d'une licence existante et de faire valider le changement de propriétaire auprès des douanes et de la mairie.
À retenir
- La création d'une nouvelle licence IV est interdite : reprendre un bar-tabac passe obligatoirement par le rachat d'une licence existante
- La déclaration de mutation (changement de propriétaire ou de gérant) doit être faite au moins 15 jours avant, un mois en cas de décès
- Le bureau de tabac suit des règles distinctes du bar : candidature aux douanes, plage de présence de 60 pour cent minimum depuis le 1er octobre 2025
- Un débit fermé depuis plus de 5 ans est considéré comme supprimé et sa licence ne peut plus être transmise
- Un bar en licence IV peut aussi revendre du tabac sans être bureau de tabac, selon un régime distinct
Reprendre un bar-tabac dans une commune rurale du 04 passe par le rachat d'un fonds de commerce déjà muni d'une licence, puis par la déclaration du changement de propriétaire ou de gérant. Pour la partie tabac, l'acheteur doit en parallèle présenter sa candidature à la direction régionale des douanes, car le bureau de tabac suit des règles d'exploitation personnelle qui lui sont propres. Les deux dossiers avancent en parallèle, mais répondent à des administrations différentes. Le panorama complet est dans notre guide pour entreprendre dans les Alpes-de-Haute-Provence.
Cet article détaille la règle exacte qui s'applique à chacun des deux volets, licence IV d'un côté, agrément de buraliste de l'autre, ce qui relève de la mairie et de l'intercommunalité, et le calendrier concret à prévoir avant de signer une promesse de vente sur un commerce de village.
Les deux dossiers à mener en parallèle : licence IV et agrément tabac
Un bar-tabac combine deux activités réglementées séparément. D'un côté, la vente de boissons alcoolisées sur place relève du régime des licences de débits de boissons, défini par la fiche Service Public Entreprendre consacrée aux licences. De l'autre, la vente de tabac relève d'un monopole d'État encadré par la direction régionale des douanes, selon la fiche consacrée à l'exploitation d'un bureau de tabac et celle consacrée à la procédure pour devenir buraliste.
Concrètement, un repreneur qui veut exploiter un bar-tabac-presse doit donc mener deux démarches distinctes : racheter le fonds de commerce muni de la licence de boissons qui l'intéresse, et obtenir l'accord du cédant du débit de tabac pour lui transférer son bureau, avant de présenter sa candidature comme futur repreneur à la direction des douanes de la région où le bureau est implanté. La presse, elle, n'est pas un régime réglementé au même titre : elle s'ajoute comme activité commerciale ordinaire, mais son maintien dépend souvent d'un contrat avec les diffuseurs, qui n'est pas traité ici.
Licence IV : la règle à connaître avant de signer
La licence IV, dite grande licence ou licence de plein exercice, permet de vendre sur place des boissons alcooliques des groupes 4 et 5, c'est-à-dire les alcools distillés titrant plus de 18 degrés (rhum, whisky, pastis, gin, cognac...). La licence III, dite licence restreinte, se limite aux boissons du groupe 3, qui ne dépassent pas 18 degrés (vin, bière, cidre, porto...). Cette distinction est posée par la fiche Service Public Entreprendre sur les licences de débits de boissons.
Le point qui change tout pour un repreneur : la création de toute nouvelle licence IV est interdite. Il n'existe donc qu'une seule façon légale d'exploiter un bar en licence IV, racheter une licence déjà existante, attachée à un fonds de commerce. C'est la raison pour laquelle la quasi-totalité des annonces de bar-tabac en zone rurale mentionnent la licence comme un élément de valeur du fonds, parfois plus déterminant que le matériel ou le stock.
Deux pièges méritent d'être vérifiés avant de signer. Le premier concerne la densité commerciale : la licence III est interdite dans une commune où les licences III et IV réunies dépassent un débit pour 450 habitants. Dans un village de quelques centaines d'habitants, ce seuil peut déjà être atteint, ce qui limite les possibilités d'ouvrir un second débit à côté de celui que l'on reprend. Le second piège concerne les licences dormantes : un débit de 3e ou 4e catégorie fermé depuis plus de 5 ans est considéré comme supprimé, et sa licence ne peut alors plus être transmise. Un bar fermé depuis longtemps dans un hameau peut donc afficher une licence IV sur le papier, sans qu'elle soit encore valide.
| Type de licence | Boissons autorisées sur place | Voie d'obtention aujourd'hui |
|---|---|---|
| Licence III (licence restreinte) | Boissons du groupe 3, taux d'alcool inférieur ou égal à 18 degrés : vin, bière, cidre, poiré, porto... | Soumise au seuil d'un débit pour 450 habitants dans la commune |
| Licence IV (grande licence, plein exercice) | Boissons des groupes 4 et 5, taux d'alcool supérieur à 18 degrés : rhum, whisky, pastis, gin, cognac... | Création interdite : seul le rachat d'une licence existante est possible |
| Licence restaurant / petite licence restaurant | Boissons servies accompagnant un repas, sans obligation de détenir la licence III ou IV correspondante | Propre à l'activité de restauration, distincte du régime du bar |
Mutation de la licence IV : délais et déclaration
Le changement de propriétaire ou de gérant d'une licence s'appelle une mutation. C'est le terme employé par l'administration, y compris lorsque le grand public parle plutôt de « transfert » de licence IV. La règle est précise : la déclaration de mutation doit être faite au moins 15 jours avant le changement, et ce délai est porté à un mois en cas de décès de l'exploitant, selon la fiche Service Public Entreprendre sur les licences de débits de boissons.
Dans la pratique d'une reprise en village, cela signifie que la date de signature de l'acte de vente et la date d'ouverture effective du bar sous le nom du repreneur ne peuvent pas être simultanées sans anticipation. Le repreneur doit prévoir ce délai de déclaration dans son calendrier, en plus du temps nécessaire pour obtenir le permis d'exploitation, délivré après une formation obligatoire et payante, condition pour exploiter légalement un débit de boissons.
La mutation de licence IV ne doit pas être confondue avec une translation, qui consisterait à déplacer une licence d'une commune ou d'un local à un autre : les sources consultées pour cet article ne détaillent pas ce cas de figure, mieux vaut se renseigner spécifiquement en préfecture si le projet envisage de déplacer le débit plutôt que de le reprendre sur place.
Devenir buraliste : conditions et procédure auprès des douanes
Pour la partie tabac, la procédure est distincte de celle de la licence de boissons. Selon la fiche Service Public Entreprendre consacrée à la démarche pour devenir buraliste, le candidat doit d'abord identifier le bureau de tabac qu'il souhaite reprendre, obtenir l'accord du titulaire actuel pour lui transférer son bureau, puis présenter sa candidature comme futur repreneur à la direction régionale des douanes où le bureau est implanté.
Le candidat doit remplir des conditions d'éligibilité fixées par l'administration des douanes, qui s'appliquent également aux éventuels associés et suppléants ; elles sont à vérifier directement auprès de la direction régionale des douanes avant de candidater. Le candidat doit aussi être en mesure d'acheter le fonds de commerce associé au débit, car il devra en rester propriétaire pendant toute la durée de son activité.
Sur la forme juridique, la règle est stricte : seules l'entreprise individuelle (EI) et la société en nom collectif (SNC) permettent de gérer un bureau de tabac. En EI, le candidat peut être copropriétaire du fonds avec son conjoint ou son partenaire de pacs. En SNC, qui est l'unique forme de société autorisée, les modalités de répartition des parts et de désignation des éventuels suppléants doivent être vérifiées auprès de la direction régionale des douanes, qui instruit chaque candidature au cas par cas.
Les obligations du buraliste une fois installé
Une fois la mutation acceptée, l'exploitation quotidienne d'un bureau de tabac obéit à des règles précises, détaillées par la fiche Service Public Entreprendre sur l'exploitation d'un bureau de tabac. Le buraliste doit exploiter personnellement le débit, c'est-à-dire être physiquement présent, et déclarer une plage de présence hebdomadaire obligatoire. Depuis le 1er octobre 2025, cette plage de présence doit être égale à 60 pour cent minimum de la durée d'ouverture hebdomadaire du débit de tabac.
Deux enseignes doivent être affichées : l'enseigne traditionnelle, appelée carotte, représentée par un losange rouge ou tricolore respectant les modèles déposés à l'Inpi et fixée à l'extérieur, et une enseigne collée en façade où seul le mot tabac peut être inscrit, éventuellement accompagné du nom de l'établissement et de la carotte. Une pré-enseigne, facultative, peut aussi signaler la proximité du bureau, en mentionnant uniquement tabac ou débit de tabac. Une affiche rappelant l'interdiction de vente aux mineurs doit également être visible à l'intérieur.
Depuis le 1er octobre 2025, la réserve de produits du tabac doit être située dans le local même où le débit est exploité, ce qui exclut le stockage dans un local extérieur. La vente de tabac dans un distributeur automatique, à distance (internet, correspondance) ou via un drive est interdite. Les prix sont fixés par le Journal officiel de la République française, ce qui laisse au buraliste une marge de manœuvre nulle sur ce point, contrairement au reste du commerce.
Le débit peut ouvrir le dimanche sans autorisation préalable, et peut être fermé lors des jours fériés, ce qui laisse une certaine souplesse au buraliste pour organiser ses horaires, qu'il fixe lui-même.
Bar-tabac-presse : ce qui change pour le commerce associé
Un point souvent mal compris par les repreneurs concerne la fermeture provisoire du débit de tabac. Le commerce associé, qu'il s'agisse d'un bar, d'une presse ou d'un restaurant, peut désormais rester ouvert pendant une fermeture provisoire du débit de tabac lui-même. L'obligation d'ouverture concomitante ne concerne que les horaires quotidiens du débit de tabac, et le cumul des activités du débit de tabac et du commerce associé en dehors de la plage horaire obligatoire du buraliste est autorisé. Pour un bar-tabac-presse de village, cela signifie qu'une fermeture ponctuelle de la partie tabac, par exemple pour congés, n'oblige pas à fermer le bar ou le point presse.
Autre élément utile pour qui veut acheter un bar tabac presse en limitant le périmètre réglementaire : certains établissements qui ne sont pas des bureaux de tabac peuvent quand même revendre du tabac, en complément de leur activité principale. C'est le régime des établissements revendeurs, qui concerne notamment les restaurants, bars et cafés de licence III ou IV, selon la fiche Service Public Entreprendre sur les établissements autorisés à revendre du tabac. Ce régime impose ses propres conditions de déclaration auprès des douanes, de rattachement à un débit de tabac et de limitation de la clientèle, à vérifier précisément sur cette fiche avant de s'y engager.
Ce régime de revente obéit à des règles distinctes de l'exploitation d'un bureau de tabac de plein exercice, notamment en matière de quantités achetées, de suivi des achats et de discrétion de l'activité : il convient à un bar qui veut proposer un dépannage tabac à sa clientèle, pas à un repreneur qui vise un bureau de tabac de plein exercice.
Enfin, un bar ou un restaurant qui sert de l'alcool est soumis à des obligations d'affichage (licence détenue, prix, menu, origine des viandes) et à des règles de nuisances sonores vis-à-vis du voisinage, détaillées par la fiche Service Public sur la réglementation dans un bar ou un restaurant.
Ce qui dépend de la commune et de l'intercommunalité
Aucune des deux procédures, mutation de licence ou candidature de buraliste, ne dépend d'une décision de la mairie. Elles relèvent respectivement de la préfecture ou du maire pour la déclaration de licence, et de la direction régionale des douanes pour le bureau de tabac. En revanche, plusieurs éléments du projet de reprise, eux, dépendent bien de la commune ou de l'intercommunalité.
C'est le cas du classement éventuel de la commune en zone France ruralités revitalisation, qui ouvre, sous conditions, une exonération d'impôt sur les bénéfices pour une reprise d'activité commerciale, avec un abattement dégressif sur plusieurs années, et dont l'exonération de cotisation foncière des entreprises ou de taxe foncière suppose une délibération du conseil municipal prise avant le 1er octobre. Le détail de ce zonage est traité dans notre article sur les exonérations France ruralités revitalisation dans le 04, utile pour vérifier si la commune où se trouve le bar-tabac visé est concernée.
Si la commune est engagée dans un programme comme Petites villes de demain, piloté par l'Agence nationale de la cohésion des territoires et qui soutient les communes de moins de 20 000 habitants exerçant un rôle de centralité, ou si elle relève d'une opération de revitalisation de territoire, cela peut influer sur la politique locale en matière de local commercial ou de vacance commerciale en centre-bourg. Ce point est détaillé dans notre article sur l'ORT et ce qu'elle change pour un commerce en centre-bourg.
Enfin, lorsque le bar-tabac constitue le dernier commerce du village, la commune peut, en vertu de l'article L. 2251-3 du Code général des collectivités territoriales, intervenir pour en assurer la création ou le maintien si l'initiative privée est défaillante ou insuffisante pour répondre à un besoin de la population en milieu rural. Cette intervention suppose une convention fixant les obligations du bénéficiaire, et peut associer d'autres collectivités. C'est un point à vérifier auprès de la mairie avant de signer, car il peut changer la nature du projet (bail avec la commune, murs communaux) sans rien changer, en revanche, aux règles de licence et de bureau de tabac exposées plus haut.
Calendrier concret d'une reprise de bar-tabac dans le 04
Pour un repreneur qui vise un bar-tabac-presse dans une commune rurale du département, l'ordre des démarches peut se résumer ainsi, sans préjuger des délais propres à chaque dossier, qui dépendent de l'administration saisie :
- Identifier le fonds de commerce, vérifier la validité de la licence (date de dernière ouverture effective, pour écarter le risque d'une licence supprimée après 5 ans de fermeture) et la densité commerciale de la commune au regard du seuil d'un débit pour 450 habitants.
- Obtenir l'accord du cédant pour le transfert du bureau de tabac, condition préalable avant toute candidature aux douanes.
- Suivre la formation obligatoire et payante donnant le permis d'exploitation, requis pour exploiter un débit de boissons.
- Présenter sa candidature comme futur repreneur du bureau de tabac à la direction régionale des douanes de la région où est implanté l'établissement.
- Choisir, pour le bureau de tabac, la forme juridique autorisée, entreprise individuelle ou société en nom collectif, et vérifier la répartition des parts si plusieurs personnes sont impliquées.
- Déclarer la mutation de licence au moins 15 jours avant le changement de propriétaire ou de gérant.
- Organiser la reprise des obligations d'affichage (carotte, interdiction aux mineurs, pancarte de licence) et de présence hebdomadaire avant l'ouverture effective sous le nouveau nom.
Pour vérifier plus largement ce qui concerne la reprise d'un commerce de village hors tabac et licence, murs communaux et lecture des comptes d'une affaire saisonnière, notre rubrique reprendre une affaire rassemble les autres aspects de ce type de projet, dont notre article sur reprendre un commerce de village : à vérifier.
Erreurs fréquentes qui coûtent cher
La première erreur consiste à négocier le prix du fonds de commerce sans avoir vérifié si la licence est encore valide. Un débit fermé depuis plus de 5 ans voit sa licence considérée comme supprimée, et aucune mutation n'est alors possible : le fonds perd une part importante de sa valeur sans que cela apparaisse toujours clairement dans une annonce.
La deuxième erreur est de signer une promesse de vente sans avoir anticipé le délai de déclaration de mutation, qui est de 15 jours minimum. Si la date d'ouverture visée ne tient pas compte de ce délai, le repreneur se retrouve propriétaire du fonds sans pouvoir légalement exploiter la licence à la date prévue.
La troisième erreur, plus spécifique au tabac, consiste à sous-estimer la procédure auprès des douanes, qui est distincte de l'achat du fonds de commerce et ne se limite pas à un simple changement de nom sur un registre : elle implique un accord préalable du cédant et une candidature à instruire par la direction régionale des douanes, avec des conditions d'éligibilité propres au candidat, et le cas échéant aux associés et suppléants, fixées par l'administration des douanes.
La quatrième erreur consiste à confondre le régime du bureau de tabac de plein exercice avec celui, plus léger, de la revente de tabac en complément d'une activité de bar ou de restaurant. Les obligations, les quantités autorisées et les contrôles ne sont pas les mêmes, et présenter un projet de reprise de bureau de tabac alors que l'on vise en réalité une simple revente complémentaire conduit à perdre du temps sur un dossier qui ne correspond pas au projet réel.
Repères licence et bureau de tabac
- Licence IV
- Boissons de plus de 18 degrés, groupes 4 et 5
- Création de licence IV
- Interdite, seul le rachat est possible
- Délai de déclaration de mutation
- 15 jours avant, un mois en cas de décès
- Plage de présence du buraliste
- 60 pour cent minimum depuis le 1er octobre 2025
- Réserve de tabac
- Doit être dans le local, depuis le 1er octobre 2025
- Formes juridiques pour un bureau de tabac
- Entreprise individuelle ou société en nom collectif uniquement
Une licence peut être perdue sans le savoir
Un débit de 3e ou 4e catégorie fermé depuis plus de 5 ans est considéré comme supprimé, et sa licence ne peut plus être transmise. Avant toute négociation sur un bar fermé depuis longtemps dans un village du département, vérifiez la date exacte de la dernière exploitation effective : c'est souvent l'information la plus déterminante pour la valeur réelle du fonds.
Ce que les repreneurs demandent le plus souvent
Sources officielles citées
- >Licences de débits de boissons, Service Public Entreprendre
- >Devenir buraliste, Service Public Entreprendre
- >Exploitation d'un bureau de tabac, Service Public Entreprendre
- >Quels sont les établissements autorisés à revendre du tabac ?, Service Public Entreprendre
- >Réglementation dans un bar ou un restaurant, Service Public
- >Article L. 2251-3 du Code général des collectivités territoriales, Légifrance
- >Petites villes de demain, ANCT

Par Héloïse Rambertin, rédactrice du Carnet d'Adret. Installée à Forcalquier, elle a tenu une épicerie-buvette saisonnière en vallée de l'Ubaye avant de suivre, côté collectivité, les dossiers de commerces et de locaux vacants. Elle écrit des guides concrets sur l'activité économique du 04.