Entreprendre dans les Alpes-de-Haute-Provence : s'installer, reprendre, financer et tenir toute l'année

Je suis…

Nos rubriques

Les indispensables

Entreprendre dans les Alpes-de-Haute-Provence suppose de connaître le zonage de sa commune, les aides mobilisables et le rythme des saisons touristiques. Ce guide réunit les règles vérifiées pour s'installer, reprendre un commerce ou un bar-tabac, et financer un projet.

Entreprendre dans les Alpes-de-Haute-Provence commence toujours par une question de géographie : la commune choisie détermine le zonage fiscal applicable, les aides mobilisables et le type de clientèle que l'activité pourra toucher. Le département compte 168 054 habitants en 2023, une densité moyenne de 24,3 habitants par kilomètre carré, et une économie marquée par le commerce, les services et le tourisme. S'installer, reprendre une affaire de village ou vivre d'une activité saisonnière obéit à des règles précises, fixées par l'État, la commune ou l'intercommunalité. Ce guide rassemble ces règles, leurs sources et les points qui bloquent le plus souvent les porteurs de projet.

L'ÉCONOMIE DU 04 EN CHIFFRES

Selon le dossier complet de l'Insee consacré au département, la population des Alpes-de-Haute-Provence atteint 168 054 habitants en 2023, contre 163 915 en 2017 et 161 241 en 2012. La variation annuelle moyenne de la population entre 2017 et 2023 s'établit à + 0,4 % par an, portée par un solde des entrées-sorties de + 0,8 % qui compense un solde naturel négatif de - 0,4 %. Autrement dit, le département gagne des habitants parce que des personnes s'y installent, pas parce que les naissances y sont plus nombreuses que les décès. Cette arrivée régulière de nouveaux résidents nourrit une partie de la demande en commerces et services de proximité.

La structure par âge pèse sur l'activité économique : les 65-79 ans représentent 19,8 % de la population en 2023 et les 80 ans ou plus 8,1 %, deux parts en hausse par rapport à 2017. Le taux de chômage des 15-64 ans au sens du recensement s'élève à 10,9 % en 2023, en baisse par rapport aux 14,6 % de 2017. Le taux de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian atteint 18,6 % selon les données Filosofi 2023, un repère utile pour calibrer le pouvoir d'achat local avant d'estimer le panier moyen d'un commerce.

Le parc de logements révèle la place du tourisme : en 2023, 30,4 % des logements du département sont des résidences secondaires ou des logements occasionnels, soit 40 577 logements, et 8,0 % sont vacants, soit 10 716 logements. Cette proportion de résidences secondaires explique en grande partie la saisonnalité de la fréquentation commerciale dans de nombreux villages.

Côté emploi au lieu de travail en 2023, le commerce, les transports et les services divers regroupent 41,1 % des emplois (25 855 postes), suivis par l'administration publique, l'enseignement, la santé et l'action sociale avec 35,6 % (22 406 postes). L'industrie représente 9,9 % (6 255 postes), la construction 8,1 % (5 123 postes) et l'agriculture 5,3 % (3 333 postes). En 2025, le département a enregistré 2 615 créations d'entreprises, dont 78,6 % sous forme d'entreprise individuelle. Le commerce, les transports, l'hébergement et la restauration concentrent 653 de ces créations, la construction 261 et l'industrie 232. Ces chiffres situent clairement où se créent les activités nouvelles : le commerce et les services liés au tourisme restent les premiers moteurs.

LES TERRITOIRES DU DÉPARTEMENT ET LEURS LOGIQUES

La vallée de la Durance, autour de Manosque, concentre une partie importante de l'emploi industriel et tertiaire du département, portée par la proximité du centre de recherche de Cadarache et par une activité de sous-traitance qui irrigue artisans et prestataires de services. C'est aussi le bassin où la demande de logements et de commerces de proximité est la plus soutenue, en lien avec une population active nombreuse.

Digne-les-Bains, préfecture du département, et le bassin qui l'entoure combinent fonctions administratives, établissements de santé et un commerce de centre-ville qui doit composer avec une zone de chalandise étendue mais peu dense. Sisteron, à la croisée des axes reliant la Provence aux Alpes du Sud, tire une partie de son activité du passage et du commerce de transit, ce qui modifie les horaires et les stocks par rapport à un commerce purement résidentiel.

Le pays de Forcalquier et la montagne de Lure reposent sur une économie plus diffuse, mêlant agriculture, plantes à parfum aromatiques et médicinales, artisanat et tourisme rural. C'est un territoire où de nombreuses communes de petite taille cherchent à maintenir un commerce ou un service de première nécessité, souvent avec l'appui d'une convention communale. Le Verdon, orienté vers un tourisme de nature très saisonnier, voit son activité commerciale et d'hébergement se concentrer sur quelques mois de l'année, ce qui pose des questions spécifiques de trésorerie. L'Ubaye et Barcelonnette, à la frontière entre tourisme d'été et tourisme de montagne hivernal, cumulent deux saisons touristiques, ce qui peut lisser l'activité sur l'année mais impose une organisation du personnel saisonnier sur deux périodes distinctes plutôt qu'une seule.

Ces logiques territoriales ne sont pas des étiquettes figées : elles se traduisent concrètement dans le zonage fiscal applicable à chaque commune, dans les programmes nationaux dont elle peut bénéficier et dans les décisions prises par son conseil municipal ou son intercommunalité.

S'INSTALLER : ZONAGES, QUARTIERS PRIORITAIRES ET PETITES VILLES DE DEMAIN

Depuis le 1er juillet 2024, le zonage France ruralités revitalisation (FRR) a remplacé les zones de revitalisation rurale (ZRR) et les zones de revitalisation des commerces en milieu rural ; les bassins d'emploi à redynamiser ont été remplacés à leur tour à partir du 31 décembre 2024, selon l'actualité publiée par Entreprendre Service Public. La liste des communes classées est fixée par l'arrêté du 19 juin 2024 : les communes figurant à l'annexe 1 sont classées en FRR, celles de l'annexe 2 sont « bénéficiaires du zonage FRR » parce qu'elles relevaient d'une ancienne ZRR non reclassée, et conservent les avantages fiscaux jusqu'au 31 décembre 2029.

Les créations et reprises réalisées entre le 1er juillet 2024 et le 31 décembre 2029 dans une zone FRR ouvrent droit à une exonération totale de l'impôt sur les bénéfices pendant cinq ans, jusqu'au terme du 59e mois, puis à des bénéfices imposés progressivement à 25 % la sixième année, 50 % la septième et 75 % la huitième, selon la fiche F31139 d'Entreprendre Service Public. Pour en bénéficier, l'entreprise doit employer moins de 11 salariés, exercer une activité industrielle, commerciale, artisanale ou libérale, avoir sa direction effective, son activité et ses moyens d'exploitation implantés dans la zone, et être soumise à un régime réel d'imposition : le régime micro-fiscal est exclu. Au-delà de 25 % de chiffre d'affaires réalisé hors zone, l'exonération s'applique au prorata. Un plafond européen « de minimis » de 300 000 euros sur trois exercices glissants s'applique à l'ensemble de ces aides. L'exonération de cotisation foncière des entreprises et de taxe foncière sur les propriétés bâties n'est pas automatique : elle dépend d'une délibération de la commune prise avant le 1er octobre d'une année pour s'appliquer au 1er janvier suivant. Un volet social existe aussi : les entreprises de moins de 50 salariés qui embauchent en CDI ou en CDD d'au moins 12 mois dans un établissement situé en zone FRR peuvent bénéficier d'exonérations sociales. Lorsqu'une entreprise peut prétendre à plusieurs régimes zonés, l'option choisie doit être notifiée au service des impôts des entreprises dans les six mois du début d'activité, et elle est définitive.

Les quartiers prioritaires de la politique de la ville constituent un second zonage, mobilisé différemment : l'article L. 2251-3 du Code général des collectivités territoriales cite explicitement les communes comprenant un quartier prioritaire parmi celles où une commune peut intervenir pour maintenir un service nécessaire à la population. Depuis 2020, l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) soutient par ailleurs le commerce dans les territoires fragiles, notamment les zones rurales, les villes moyennes ou petites, les zones périurbaines et les quartiers prioritaires de la ville, en mobilisant une ingénierie de projet et, selon les dossiers, des financements d'investissement.

Le programme Petites villes de demain, piloté par l'ANCT, a été lancé en octobre 2020 pour les communes de moins de 20 000 habitants qui exercent des fonctions de centralité sur leur bassin de vie. Il finance notamment des postes de chefs de projet et mobilise des partenaires pour accompagner les collectivités. Le programme, pensé jusqu'en décembre 2026, a été annoncé prolongé par l'ANCT le 22 septembre 2026. La liste complète des communes concernées est publiée sur data.gouv.fr. Un dispositif voisin, Villages d'avenir, lancé en décembre 2023 dans le cadre du plan France Ruralités, cible les communes de moins de 3 500 habitants et accompagne 3 081 communes à l'échelle nationale ; sa poursuite pour le prochain mandat municipal a été annoncée en juillet 2026.

Le tableau suivant résume ce que chaque zonage apporte concrètement, qui en décide et jusqu'à quelle échéance connue.

ZonageCe qu'il apporteQui décideJusqu'à quand
France ruralités revitalisation (FRR)Exonération d'impôt sur les bénéfices, exonérations sociales à l'embauche, exonération possible de CFE et de TFPB sur délibérationClassement par arrêté national ; délibération de la commune pour CFE et TFPBCréations et reprises jusqu'au 31 décembre 2029
Quartier prioritaire de la politique de la villeÉligibilité à l'aide communale au dernier commerce (art. L. 2251-3 CGCT) ; territoire fragile ciblé par la reconquête commerciale de l'ANCTClassement national au titre de la politique de la villeNon daté dans les sources consultées
Petites villes de demainFinancement de postes de chefs de projet, ingénierie d'accompagnement des projets de centralitéANCT, sur candidature des communes de moins de 20 000 habitantsPensé jusqu'en décembre 2026, prolongation annoncée le 22/09/2026
Villages d'avenirAccompagnement en ingénierie pour les communes rurales de petite tailleANCT, plan France RuralitésPoursuite annoncée en juillet 2026 pour le prochain mandat

REPRENDRE UNE AFFAIRE DE VILLAGE

Reprendre un commerce de village suppose d'abord de lire les comptes de l'affaire avec attention : un commerce saisonnier peut afficher un chiffre d'affaires honorable sur l'année tout en cachant des mois de trésorerie tendue. Le repreneur doit vérifier le niveau de stock, l'état du bail commercial ou de la convention d'occupation si le local appartient à la commune, et la vacance commerciale éventuelle du centre-bourg environnant. Dans un bassin de vie où le commerce a fermé puis rouvert plusieurs fois, la fidélisation de la clientèle prend plus de temps qu'en zone urbaine dense.

Le cas du bar-tabac ou de tout débit de boissons alcoolisées obéit à des règles spécifiques, détaillées par la fiche F22379 d'Entreprendre Service Public. Une licence III autorise la vente sur place de boissons dont le titrage ne dépasse pas 18 degrés ; une licence IV, dite de plein exercice, couvre les boissons distillées à plus de 18 degrés. La création d'une nouvelle licence IV est interdite : la seule voie d'accès est le rachat d'une licence existante. Une licence III ne peut pas non plus être créée dans une commune où le nombre de licences III et IV dépasse déjà un débit pour 450 habitants. La mutation d'une licence, c'est-à-dire le changement de propriétaire ou de gérant, doit être déclarée au moins 15 jours avant sa prise d'effet, un mois en cas de décès du titulaire. Point de vigilance pour un repreneur : un débit de 3e ou 4e catégorie fermé depuis plus de cinq ans est considéré comme supprimé, et sa licence ne peut alors plus être transmise. L'exploitant doit par ailleurs suivre une formation payante et obligatoire pour obtenir le permis d'exploitation prévu par les articles L. 3332-1 à L. 3332-17 du Code de la santé publique.

Pour un commerce multiservices sédentaire, le dispositif de reconquête du commerce rural de la Direction générale des Entreprises, lancé en mars 2023 avec une dotation de 36 millions d'euros sur trois ans, a déjà permis de financer plus de 300 projets dans des communes dépourvues de commerces. Il cible explicitement les communes rurales sans commerce de première nécessité ou dont l'offre est devenue insuffisante : un repreneur ou un créateur qui installe une épicerie multiservices dans un village sans magasin entre directement dans le public visé.

FINANCER LOCALEMENT

Financer un projet dans un village des Alpes-de-Haute-Provence mobilise rarement un seul guichet. La commune peut intervenir directement sur le fondement de l'article L. 2251-3 du Code général des collectivités territoriales : lorsque l'initiative privée est défaillante ou insuffisante pour assurer la création ou le maintien d'un service nécessaire à la population en milieu rural, ou dans une commune comprenant un quartier prioritaire, la commune peut confier la création ou la gestion de ce service à une association ou à toute autre personne, et lui accorder des aides, à condition de signer une convention fixant les obligations du bénéficiaire. Elle peut aussi s'associer à d'autres collectivités par convention. Ce principe, rappelé par la doctrine administrative, suppose une carence réelle de l'initiative privée pour justifier l'intervention de la commune.

À l'échelle de l'État, le fonds de soutien au commerce rural porté par l'ANCT et la Direction générale des Entreprises propose une aide à l'investissement : jusqu'à 80 000 euros pour un commerce sédentaire multiservices, pour l'acquisition de locaux ou de matériel et le réaménagement, et jusqu'à 25 000 euros pour un commerce itinérant. Ce fonds s'adresse aux communes rurales dépourvues de commerce de première nécessité ou dont l'offre commerciale ne répond plus aux besoins de la population ; plus de 21 000 communes françaises, soit 62 % du total contre 25 % en 1981, ne disposent aujourd'hui d'aucun commerce. Une nouvelle vague de 55 lauréats a été annoncée par l'ANCT le 5 août 2025.

Le Département des Alpes-de-Haute-Provence et la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur interviennent également auprès des entreprises, mais selon leurs propres dispositifs et délibérations : leurs modalités précises, montants et critères d'éligibilité doivent être vérifiés directement auprès de leurs services, car ils évoluent régulièrement. Des réseaux associatifs de financement et d'accompagnement, dont la plateforme Initiative du département (aujourd'hui Initiative Alpes Provence) ou des structures de microcrédit, existent par ailleurs sur le territoire : ce sont des tiers, dont le Carnet d'Adret ne fait pas partie et dont il ne présente ni les dossiers ni les bénéficiaires comme les siens.

FinanceurCe qu'il peut apporterSur quelle base
CommuneCréation ou maintien d'un service de proximité, aide au dernier commerceConvention prévue par l'article L. 2251-3 du CGCT, en cas de carence de l'initiative privée
État (ANCT, DGE)Aide à l'investissement jusqu'à 80 000 € (commerce sédentaire multiservices) ou 25 000 € (commerce itinérant)Fonds de soutien au commerce rural, communes rurales sans commerce suffisant
DépartementDispositifs propres, à vérifier auprès de ses servicesDécisions du conseil départemental
Région Provence-Alpes-Côte d'AzurDispositifs propres aux entreprises, à vérifier auprès de ses servicesDécisions du conseil régional

TENIR TOUTE L'ANNÉE MALGRÉ LA SAISONNALITÉ

Dans un département où près d'un logement sur trois est une résidence secondaire ou occasionnelle, la saisonnalité de la fréquentation pèse directement sur le chiffre d'affaires et sur le besoin en fonds de roulement d'un commerce ou d'un hébergement. Tenir toute l'année suppose d'anticiper les mois creux dans la trésorerie prévisionnelle, plutôt que de les découvrir au moment où les stocks ou les charges fixes doivent être réglés.

Le recrutement saisonnier répond à des règles précises du Code du travail. Un contrat à durée déterminée saisonnier peut aller jusqu'à la fin de la saison, et aucun délai de carence n'est imposé entre deux CDD saisonniers. L'article L. 1244-2 autorise une clause de reconduction pour la saison suivante, et les durées des contrats saisonniers successifs dans la même entreprise se cumulent pour le calcul de l'ancienneté. L'article L. 1244-2-2, issu de l'ordonnance n° 2017-647 du 27 avril 2017, va plus loin dans les branches où l'emploi saisonnier est particulièrement développé : un salarié ayant effectué au moins deux mêmes saisons dans l'entreprise sur deux années consécutives a droit à la reconduction de son contrat si un emploi saisonnier compatible est à pourvoir. L'indemnité de fin de contrat, dite de précarité, n'est en revanche pas due pour un contrat saisonnier, sauf disposition contraire d'une convention ou d'un accord collectif. Pour mémoire, un CDD de droit commun est limité à 18 mois dans le cas général, une durée bien supérieure à celle d'un contrat saisonnier.

La pluriactivité, fréquente dans les vallées à double saison comme l'Ubaye, et la location de meublés de tourisme constituent deux leviers courants pour lisser l'activité sur l'année. Toute personne qui propose à la location un meublé de tourisme doit en faire la déclaration préalable, sauf lorsque le logement est sa résidence principale. Depuis la version de l'article L. 324-1-1 du Code du tourisme en vigueur au 20 mai 2026, cette déclaration doit être enregistrée auprès d'un téléservice national, qui délivre un numéro de déclaration mis à la disposition de la commune et de l'intercommunalité compétente en matière de tourisme ; une mise à jour est requise en cas de changement, et un renouvellement à l'expiration d'un délai fixé par décret. Selon la commune, la démarche peut encore passer par le formulaire cerfa 14004*04 ou par le téléservice : il reste préférable de se renseigner directement en mairie avant de publier une annonce.

SE FAIRE ACCOMPAGNER DANS SES DÉMARCHES

Les démarches pour créer son entreprise dans les Alpes-de-Haute-Provence passent par plusieurs interlocuteurs qui ne se recoupent pas totalement. Le guichet unique en ligne centralise les formalités d'immatriculation, mais la mairie et l'intercommunalité restent les bons interlocuteurs pour tout ce qui touche au local, au zonage, à un marché ou à une convention communale. Les chambres consulaires, chambre de commerce et d'industrie, chambre de métiers et de l'artisanat ou chambre d'agriculture selon l'activité, informent sur les obligations propres à chaque secteur. Pour le choix du statut juridique, la fiscalité ou la rédaction d'un contrat, un professionnel du chiffre ou du droit reste l'interlocuteur le plus adapté, en particulier lorsque plusieurs régimes zonés ou plusieurs options fiscales se superposent. Les services en ligne de création d'entreprise peuvent faciliter certaines étapes administratives, mais ne remplacent pas cette vérification au cas par cas.

LES ERREURS FRÉQUENTES DES PORTEURS DE PROJET EN MILIEU RURAL

La première erreur consiste à calculer un prévisionnel sur la base d'une activité lissée toute l'année, alors que la réalité d'un commerce ou d'un hébergement dans un village touristique du 04 suit un rythme très marqué. Prenons l'hypothèse d'une épicerie de village qui réalise la majorité de son chiffre d'affaires entre juin et septembre : sans réserve de trésorerie construite pendant la haute saison, les charges fixes de l'hiver deviennent difficiles à couvrir.

La deuxième erreur porte sur le zonage : beaucoup de porteurs de projet appliquent encore de mémoire les règles des anciennes ZRR, alors que le classement FRR en vigueur depuis le 1er juillet 2024 modifie les conditions et les durées d'exonération. Vérifier le classement exact de sa commune, via les sources officielles, évite une mauvaise surprise au moment de la déclaration fiscale.

La troisième erreur touche à la reprise d'un bar-tabac ou d'un commerce avec licence : certains repreneurs découvrent trop tard qu'une licence fermée depuis plus de cinq ans est réputée supprimée, ou que la déclaration de mutation doit être anticipée de plusieurs semaines. La quatrième erreur consiste à négliger le statut du local : un local communal implique un bail ou une convention spécifique, dont les clauses diffèrent d'un bail commercial classique signé avec un propriétaire privé. Enfin, sous-estimer le temps de décision d'une commune ou d'une intercommunalité, notamment pour une délibération d'exonération de CFE ou pour l'attribution d'un emplacement de marché, retarde régulièrement l'ouverture effective d'une activité.

Repères utiles

Population 2023
168 054 habitants
Créations d'entreprises 2025
2 615
Exonération FRR
5 ans à 100 %
Fin du dispositif FRR
31 décembre 2029
Aide commerce rural (sédentaire)
jusqu'à 80 000 €
Résidences secondaires 2023
30,4 % des logements

Vérifier avant d'agir

Le classement d'une commune en zone France ruralités revitalisation, l'existence d'une licence toujours transmissible et la date exacte d'une délibération communale d'exonération ne se présument jamais : ils se vérifient auprès de la mairie, de l'intercommunalité ou des sources officielles citées dans cet article, avant tout engagement financier.

Questions fréquentes sur l'entreprise dans les Alpes-de-Haute-Provence

  • Le zonage France ruralités revitalisation remplace les zones de revitalisation rurale depuis le 1er juillet 2024. Les communes des anciennes ZRR non reclassées conservent toutefois les avantages fiscaux jusqu'au 31 décembre 2029, selon la fiche F31139 d'Entreprendre Service Public.

  • Le classement est fixé par l'arrêté du 19 juin 2024, qui liste les communes en annexe 1 et 2. La mairie ou l'intercommunalité peut confirmer ce classement avant toute création ou reprise d'activité.

  • Non. La création d'une nouvelle licence IV est interdite ; seul le rachat d'une licence existante permet d'exploiter un débit de boissons de plus de 18 degrés, selon la fiche F22379 d'Entreprendre Service Public.

  • Oui, à condition que l'initiative privée soit défaillante ou insuffisante pour maintenir un service nécessaire à la population. L'article L. 2251-3 du Code général des collectivités territoriales impose alors une convention fixant les obligations du bénéficiaire.

  • La déclaration préalable est obligatoire sauf si le logement est la résidence principale du loueur. Depuis le 20 mai 2026, elle passe par l'enregistrement auprès d'un téléservice national qui délivre un numéro de déclaration, selon l'article L. 324-1-1 du Code du tourisme.

  • Non, en principe : l'indemnité de fin de contrat n'est pas due pour un contrat saisonnier, sauf disposition contraire prévue par une convention ou un accord collectif applicable à l'entreprise.

Sources officielles citées

Héloïse Rambertin

Par Héloïse Rambertin, rédactrice du Carnet d'Adret. Installée à Forcalquier, elle a tenu une épicerie-buvette saisonnière en vallée de l'Ubaye avant de suivre, côté collectivité, les dossiers de commerces et de locaux vacants. Elle écrit des guides concrets sur l'activité économique du 04.

Le 04
vallée par vallée

Durance et Manosque, Digne-les-Bains et la Bléone, Sisteron, pays de Forcalquier et montagne de Lure, Verdon, Ubaye : les règles sont les mêmes partout, les saisons, les loyers et les interlocuteurs changent.

Vallée de l'Ubaye vue depuis Pra-Loup